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[DOSSIER] China Mieville : Monstre et ville tentaculaire

18 Juin

PT-AL644_MIEVIL_DV_20090515114210« Ce qui m’intéresse le plus dans les monstres, c’est leur altérité, leur côté grotesque. Le fait qu’on puisse y voir comme l’incarnation d’une métaphore. C’est la retranscription physique d’une chimère, la surimpression d’éléments discordants concourant à une hybridation totale. »

En l’espace de dix années, China Mieville, né à Londres en 1972, s’est imposé comme l’une des voix les plus brillantes de la littérature de l’imaginaire anglo-saxonne. Diplômé en ethnologie, il part en Égypte, puis au Zimbabwe à l’age de 18 ans afin d’y enseigner l’anglais. Avec des influences littéraires telles que Howard Philips Lovecraft, Mervin Peake ou encore M. John Harrison, China Mieville est arbitrairement rangé dans la catégorie des auteurs appartenant à la new weird, sorte de fantasy transgenre. Par ailleurs, il remporte à deux reprises le grand prix de l’imaginaire dans la catégorie du meilleur roman étranger, l’un pour Perdido Street Station en 2005 et l’autre pour The City &The City en 2012.

9782265072909Mais qu’est-ce qui fait la spécificité de cette œuvre chimérique ?
À juste titre l’œuvre de Mieville emprunte autant à la science-fiction, la fantasy qu’au fantastique. Son cycle de Bas-Lag qui regroupe Perdido Street Station, Les Scarifiés et Le Concile de Fer, représente cette bigarrure esthétique et prend corps dans cette gigantesque cité industrielle et tentaculaire nommée Nouvelle-Crobuzon. Dans cette mégalopole suffocante se côtoient les humains ainsi qu’un véritable melting-pot de créatures hybrides telles que les Khépri, femmes à la tête de fourmis, des Vodyanoi, batraciens géants travaillant sur les docks, des Garuda, hommes aigles et aussi des hommes cactus. Les Recrées, quant à eux, incarne cette transformation horrifique et parfois abjecte de l’homme en cyborg. De ce fait, la ville de Nouvelle-Crobuzon fascine autant par son gigantisme urbain que par son multiculturalisme.

China Mieville, écrivain protéiforme (ne serait-il pas un Recrée lui aussi ?), tend à explorer la ville sous toutes ses formes. Dans la lignée de Neverwhere de Neil Gaiman, la ville, et plus précisément Londres, est un personnage à part entière à travers l’ensemble de ses ouvrages. Ce constat s’impose remarquablement déjà dans Le Roi des Rats, son premier roman, dans lequel les égouts de la cité londonienne deviennent le cadre d’une quête initiatique où l’horreur grouillante des rats se mêle à la culture musicale underground, la drum & bass.

Mieville explore de9782265094581 nouveau le Londres alternatif dans son roman jeunesse intitulé Lombres (Un Lun Dun), hommage à Alice au pays des merveilles. Londres est ici déliquescent et fantasmagorique mais aussi ludique ; le titre du roman est un jeu de mot à lui seul : Un Lun Dun / Un London. Enfin, la ville atteint son paroxysme dans The City & The City, véritable polar fantastique où les habitants de Beszel et d’Ul Qoma, villes doubles partageant le même territoire, vont être le témoin d’un meurtre qui va déclencher l’intervention de la Rupture, force de police secrète chargé de protéger l’équilibre précaire entre les deux villes.

À noter que son roman intitulé Kraken (prix Locus 2011) vient tout juste de sortir en France aux éditions Fleuve Noir. Dans ce dernier, il est question d’un spécialiste des céphalopodes travaillant pour le muséum d’histoire naturelle de Londres et d’une secte des adorateurs du dieu Kraken.

Bibliographie (dates de parution originales) :

  •     Le Roi des Rats (King Rat, 1998) : 9782265081215 / Fleuve noir / Interforum
  •     Perdido Street Station (2000) :  (T 1 et 2) 9782266165402, 9782266165419 / Pocket / Interforum
  •     Les Scarifiés (The Scar, 2002) :  9782266154994 / Pocket / Interforum
  •     Le Concile de Fer (Iron Concil, 2004) :  9782266186353 / Pocket / Interforum
  •     Lombres (Un Lun Dun, 2007) :  9782266215510 / Pocket / Interforum
  •     The City & The City (2009) : 9782266239721 / Pocket / Interforum
  •     Kraken (2010) : 9782265094581 / Fleuve noir / Interforum
  •     Embassytown (2011) : Uniquement en anglais / 9780230760417 / Pan

Sources :

Bifrost n°53 : China Mieville, voyage en Nouvelle Crobuzon…
– Site officiel de Fleuve noir

La critique du Roi des rats dans la dixième rencontre Des Aliens et Des Vaches ICI

Morgan pour Pegase Mecanique.

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1 commentaire

Publié par le juin 18, 2013 dans Livre

 

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Une réponse à “[DOSSIER] China Mieville : Monstre et ville tentaculaire

  1. Nakor

    juin 18, 2013 at 9:18

    Un très bon article ! Dans la forme et le fond il me semble retrouver l’essentiel du paysage propre à l’auteur. Je garde un souvenir très fort de Perdido, plus que tous les autres l’écriture m’a semblé marquante; certes ce n’est pas une lecture aisée, mais quelle immersion ! Je n’ai pas tout lu, mais « Les Scarifiés » n’était pas tout à fait à la hauteur, ni, dans un genre différent, The city and the city que j’ai trouvé assez curieusement fade. Et pourtant j’ai un énorme respect pour l’auteur, qui plus que n’importe qui sait écrire avec un vocabulaire des plus riche (merci au traducteur, ca doit pas être simple). Bref, lecture exigeante, parfois inégale, mais qui (trop) souvent vaut bien mieux que les séries fantastiques multiples et variées habituelles.

     

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