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[Essai] Dracula de Bram Stocker

11 Jan
Avec la sortie de Dracula chez J’ai lu dans une nouvelle traduction (10/10/2012), je me suis demandé si les traductions avaient une influence sur le jugement que l’on porte sur une œuvre.
C’est pourquoi, pour vous, je me suis muni de différentes traductions :

Lucienne Molitor, traduction de 1963 (chez Babel)

Jacques Finné, traduction de 1968 (chez Pocket)

Jacques Sirgent, traduction de 2012 (chez J’ai lu)

Dans un premier temps, on peut voir que les maisons d’édition ont un point de vue différent sur la lecture de l’ouvrage de Bram Stocker.

Chez Babel, on peut découvrir « L’Invité de Dracula » , nouvelle qui a été publiée (par Florence Stocker en 1914) dix-sept ans après Dracula mais dont l’histoire se passe avant : Babel respecte la chronologie par rapport à l’histoire du roman.

Pocket commence par Dracula puis « L’Invité de Dracula » et respecte donc l’ordre de publication.

Chez J’ai lu, par contre, petite déception car « L’Invité de Dracula » ne s’y trouve pas du tout.

Allez, c’est parti. Je me muni des différentes éditions et du roman dans sa langue d’origine, pour pouvoir me faire mon propre avis et pour pouvoir peut-être relever mon niveau d’anglais, qui est, je le dis, « inexistant à tendance variable ».

Je pense étudier l’ouvrage dans cet ordre : Babel, Pocket, J’ai lu puis l’ouvrage en anglais. Je ne traiterai bien évidement pas de la mise en page, ni de la typographie utilisée.

Après lecture du premier chapitre, des différences sautent aux yeux.

Je vous laisse les découvrir.

Chapitre 1

Journal de Jonathan Harker

Extrait 1 :

Babel : « Le cocher, dont les larges pantalons cachaient presque le siège tout entier – le siège, cela se dit gotza -, fit claquer son fouet au-dessus de ses quatre chevaux, attelés de front, et nous sommes partis. »

Pocket : « Puis le cocher, dont les larges pantalons de lin couvraient les deux places, en haut de la diligence (ce genre de pantalons se nomme gotza), fit claquer son grand fouet au-dessus des quatre chevaux attelés de front. Le voyage commençait. »

J’ai lu : « Ensuite notre conducteur, dont le large pantalon de lin recouvrait tout le devant du siège avant – et qu’ils appellent gotza – fit claquer son énorme fouet au-dessus des quatre minuscules chevaux, attelés de front, et nous voici partis pour notre long voyage. »

En anglais : « Then our drive, whose wide linen drawers covered the whole front of the box-seat – « gotza » they call them – cracked his big whip over his four small horses, which ran abreast, and we set off on our journey. »

Extrait 2 :

Babel : « Partout, les arbres fruitiers étaient en fleurs – véritable éblouissement de pommiers, de pruniers, de poiriers, de cerisiers ; et l’herbe des vergers que nous longions scintillait de pétales tombés. Contournant ou montant les collines, la route se perdait dans les méandres d’herbe verte, ou se trouvait comme enfermée entre deux lisières de bois de pin. Cette route était des plus mauvaises,… »

Pocket : « Partout, les fruit faisaient comme des explosions de couleurs – pommes, prunes, poires, cerises. A mesure que nous approchions des vergers, je pouvais mieux distinguer l’herbe, sous les arbres, comme découpée de pétales multicolores. Traversant ou contournant les collines vertes du Mittel Land comme on appelle la région ici, la route se perdait parfois dans des méandres d’herbages ou pinédes qui, de-ci de-là, tombaient des collines comme des langues de flammes. La route était très mauvaise,… »

J’ai lu : « Partout ce n’était qu’arbres fruitiers en fleurs – pommiers, pruniers, poiriers, cerisiers. Et, au fur et à mesure de notre avancée, je pouvais voir l’herbe verte recouverte des pétales tombés de tous ces arbres. La route traversant cette région de collines verdoyantes, et qu’on appelle ici « la Terre du Milieu », se perdait et se tordait dans des courbes herbeuses incessantes où même parfois semblait coupée par les forêts de pin aux branches interminables qui la bordaient des deux côtés et qui, par endroits, paraissaient dévaler les collines comme autant de langues de feu. La route était en fort mauvaise état,… »

En anglais : « There was everywhere a bewildering mass of fruit blossom apple, plum, pear, cherry; and as we drove by I could see the green grass under the trees spangled with the fallen petals. In and out amongst these hills of what they call here the « Mittel Land » ran the road, losing itself as it swept round the grassy curve, or was shut out by the straggling ends of pine woods, which here and there ran down the hillsides like tongues of flame. The road was rugged, … »

Dans une volonté sans nom, j’ai voulu par ses deux court extraits vous faire voir que les traductions sont vraiment différentes, que ce soit dans les détails ou même, après avoir lu le premier chapitre, dans l’impression que laisse le personnage de Jonathan Harker.

On peut voir aussi que la traduction de Lucienne Molitor ((Babel) diffère pour ce qui et de ce fameux « pantalon », de plus, un peu plus loin dans le même chapitre, la diligence aurai une heure de retard à un rendez-vous, alors qu’avec Jacques Finné (Pocket) et Jacques Sirgent (J’ai lu), elle a une heure d’avance… c’est un peu embêtant tout de même.

Est-ce une erreur de correction ou une erreur de traduction ?

Avant de faire cet article, je pensais que les différences entre les traductions seraient minimes. A mon grand étonnement non, elles sautent aux yeux.

L’histoire du roman ce passe à la fin du XIXème siècle et le style de vie était différent d’aujourd’hui, tout comme la façon de parler et d’écrire. Avec Pocket et J’ai lu, je n’ai pas l’impression de lire une série d’extraits de journaux intimes de la fin XIXème (pour être grossier). Le sexe des traducteurs y est-il pour quelque chose ?

Étant un lecteur lambda, je ne peux en dire plus, si ce n’est que je reviens sur mon jugement en ce qui concerne le film réalisé par Francis Ford Coppola.

Comme je me doute que tout le roman sera différent, je ne vais pas tout détailler pour ne pas perdre la magie que j’ai ressentie en lisant ce roman la première fois.

Par curiosité, j’ai lu quelques autres passages, et effectivement, tout est différent. Peut-être trop.

Ce que je vous conseille, c’est de lire le roman dans sa langue d’origine (pour peu que vous compreniez l’anglais) et de vous faire votre propre avis.

Bonne lecture à tous.

Jimmy Baker.

 
3 Commentaires

Publié par le janvier 11, 2013 dans Livre

 

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3 réponses à “[Essai] Dracula de Bram Stocker

  1. Vampire

    janvier 12, 2013 at 9:36

    J’envisageais de procéder à la même expérience sur des passages choisis, en utilisant les 3 traductions française et la version originale annotée de Leslie Klinger (car les annotations peuvent sans doute permettre de comprendre certains choix de traduction)

     
    • pegasemecanique

      février 3, 2013 at 8:48

      Très intéressant ! N’hésitez pas à nous tenir au courant de vos recherches !

       
  2. Jimmy Baker

    janvier 14, 2013 at 3:55

    J’espère que l’article vous a plu alors et qu’il vous a donné envie de la faire (la comparaison des dif. trad.).
    Il faut savoir qu’il y a eu moult traductions, comme en témoigne ce site : http://www.noosfere.com/icarus/livres/editionslivre.asp?numitem=1301 . Ceci dit, c’est un très bon exercice que de comparer les différentes façons que les gens on de traduire un même texte.
    En tout cas, je vous souhaite bien du courage.
    Cordialement.

     

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